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Programme

27 janv. 2015 19:30

Vladimír Holan - A l'article

Lancement de la traduction française du recueil publié aux éditions Fissile dans le cadre de la collection Háček, dédiée à la littérature et la poésie tchèques. La soirée sera animée par Guillaume Métayer, chargé de recherche au CNRS. Le livre sera présenté par son traducteur Xavier Galmiche, professeur de littérature tchèque à l'Université de la Sorbonne Paris IV. Lectures par Jean-Gaspard Páleníček.

 

Né à Prague en 1905, Vladimír Holan appartient, avec Vítězslav Nezval (1900-1958), Jaroslav Seifert (1901-1986) et František Halas /1901-1949), à la première génération de grands poètes tchèques du 20e siècle. Mais c’est l’auteur solitaire d’une œuvre noire, qui peut passer pour hermétique, et qui semble échapper aux logiques d’écoles. Il est pourtant aussi celui qui exprima la douleur d’une époque, enracinée dans une histoire mouvementée (il vécut avec ses contemporains les accords de Munich en 1938 puis la mainmise nazie sur la Tchécoslovaquie, la libération de Prague en 1945 par l’Armée rouge, la prise du pouvoir par les communistes en 1948, le printemps de Prague en 1968, et mourut, en 1980, alors qu’était à son comble l’étouffement de la société par le régime de la normalisation – la reprise en main néostalinienne consécutive à l’invasion en 1968 du pays par les troupes du Pacte de Varsovie.)

Le recueil A l’article [Na sotnách] est une des œuvres conclusives de Vladimír Holan : composé entre 1961 et 1965, il fut publié en 1967, c’est-à-dire au terme de la courte période durant laquelle le poète, pratiquement réduit au silence durant de longues années (de 1948 à 1963), a assisté à la rapide réhabilitation de son œuvre, dans le contexte du « dégel » culturel rendu possible par la déstalinisation. L’ouvrage se présente comme un testament, à la manière de tant de textes de Holan, à commencer par le très explicite Premier testament (1940), mais surtout dans l’esprit de tous les derniers recueils : Un coq pour Asklépios [Asklépiovi kohouta] (1970) ; Pénultième [Předposlední] (rédigé de 1972 à 77) et Adieu [Sbohem]. Comme pour ces dernières œuvres en effet, le caractère terminal est clairement annoncé dans le titre, qui reprend une expression archaïque sémantiquement liée à l’agonie : na sotnách est l’équivalent, à peu de choses près, de la formule in articulo mortis ; elle est discrètement paraphrasée par le titre du dernier poème, ‘Au dernier souffle », expression courant correspondant fonctionnellement au français « à l’agonie ».

Cette atmosphère de fin d’œuvre est justifiée du point de vue psychologique par l’état d’esprit d’un poète qui se sentit durant tout le temps de ses quelque vingt dernières années au seuil de la mort. La place chronologique a son importance dans la trajectoire du poète : Jiří Opelík comprend ce recueil sous le signe du retrait de l’histoire, d’une « deshistoricisation » qu’il considère comme une caractéristique s’affirmant peu à peu dans les œuvres tardives de Holan mais le recueil est parsemé d’allusions clairement lisibles à l’actualité politique et sociale, comme l’évocation d’un Aujourd’hui obstinémaent indigne de la Grâce : « Aujourd’hui est si bas, / le noir si profond, / que Dieu nous voit / de ses yeux ronds »… Dans son « Grand Œuvre » (La Nuit avec Hamlet [Noc s Hamletem], écrit de 1949 à 1956 et publié en 1964, ou Toscane [Toskána], écrit de 1956 à 1963 et publié en 1963), le poète a exposé la confrontation de la conscience humaine à l’absurdité de la violence à travers l’histoire. A l’article serait au contraire, sur le mode mineur, un journal poétique, recueil de textes brefs amassés comme autant de notes prises au jour le jour. Ce type d’écriture s’est systématisé chez Holan, depuis Sans titre [Bez názvu] rédigé de 1939 à 1942, En marche [Na postupu] rédigé de 1943 à 1948, Douleur [Bolest] rédigé de 1949 à 1955 : ces œuvres longtemps inédites sont publiées coup sur coup à partir de 1963, et seront suivies par les trois « journaux poétiques » déjà cités (Un coq pour Asklépios, Pénultième et Adieu). L’élaboration de A l’article coïncide donc avec l’époque où ces recueils éminemment privés sortent de l’ombre. Le poète s’y dévoile dans des textes de petit format, conçus selon divers modèles de la forme brève : esquisses, caricatures, croquis, ou bien études pointillistes, voire maniéristes. Certes, cette économie de parole répond et compense l’ambition des très grands chantiers menés concomitamment. Dans le fond, elle signifie pourtant la désillusion d’un homme qui se serait suffisamment coltiné avec la dimension collective des drames, et affecterait dorénavant une sorte de retraite dans la parole individuelle, reconnaissable dans le dépouillement stoïque des textes : les observations, jusqu’aux plus quotidiennes, ont la gravité mais aussi la légèreté d’un esprit qui n’a plus rien à perdre et met la dernière main, dans les détails, à un travail régulier d’investigation de l’existence.

Xavier Galmiche

 

Salle Janáček

Entrée libre

Lieu:

18 rue Bonaparte
75006 Paris
France

Date :

27 janv. 2015 19:30

Organisateur:

Centre tchèque


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