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Programme

31 août 2017 - 20 sept. 2017

Miloš Forman - Rétrospective

Rétrospective consacrée à Miloš Forman, scénariste et réalisateur d'origine tchèque, à la Cinémathèque française du 31 août au 20 septembre 2017. Projection de 15 films, un débat avec Jean-Claude Carrière et deux séances présentées par Jean Douchet et Christophe Honoré.

 

LES CHEMINS DE LA LIBERTÉ

Cinéaste tchèque contemporain à ses débuts des nouvelles vagues européennes des années 1960, devenu américain en 1968 après l’entrée dans Prague des chars soviétiques, Milos Forman a su garder son cap en n’étant jamais dupe de n’importe quel pouvoir : celui qui pèse sur les êtres pour les contraindre et les priver de toute dimension. C’est cette dimension retrouvée que ses films et ses personnages, à leurs risques et périls, manifestent et exaltent sans cesse.

Vol au-dessus d’un nid de coucou, Hair, Amadeus… Qui ne connaît Milos Forman, sinon l’homme du moins ses films ? Mais davantage certains de ses films que l’oeuvre tout entière, d’une rare cohérence par-delà les accidents d’une vie. Qui, jusqu’à récemment, a vraiment pris en compte Taking Off ? Qui a vu Ragtime sur grand écran ces dernières années ? A-t-on assez dit que Man on the Moon est un film stupéfiant, variation inspirée sur le spectacle et l’anti spectacle ? Comprend-on suffisamment que les films et personnages de Forman ont en commun un humour tellement jusqu’au-boutiste qu’il devient manifeste politique ? « L’humour jaillit d’une crevasse qui s’est ouverte entre ce que les choses prétendent signifier et ce qu’elles sont en réalité. (…) Rien ni personne n’est dispensé du comique qui est notre condition, notre ombre, notre soulagement et notre condamnation », écrit Kundera à propos de Milos Forman justement. Sans doute cette attitude philosophique face à l’insensé de l’existence l’a t-elle sauvé lui-même, lui insufflant légèreté et lucidité, lui donnant envie de la place de cinéaste comme lieu idéal d’observation et qualifiant à jamais son regard sur le monde.

NAISSANCE D’UN REGARD

Né à Caslav, dans l’ancienne Tchécoslovaquie, il est élevé dès l’âge de huit ans par de proches parents, les siens ayant été déportés sans retour. Il faut dire d’emblée la particularité d’un destin qui va irriguer toute son oeuvre et lui donner chaque fois, quel que soit le sujet ou le pays du tournage, cette couleur si personnelle : Forman a connu intimement et à différents âges de sa vie toutes les idéologies qui ont formé et défiguré le XXe siècle, le nazisme, le communisme soviétique, le capitalisme américain. Non qu’il ait posé sur celles qu’il a représentées un regard d’équivalence ; il n’est simplement jamais dupe d’aucune, ni de celles-là ni de modèles historiques antérieurs, conscient de leurs effets systématiquement dévastateurs.Chaque fois, il leur oppose une liberté individuelle aussi fragile qu’acharnée et célèbre les sortes de riposte inventées par quelques-uns : un chant, un cri, une provocation, une sonorité inconnue – la musique et le rire de Mozart.

Étudiant à la FAMU, l’école pragoise pour futurs metteurs en scène, il travaille pour la télévision naissante, devient scénariste, assistant et signe un premier moyen métrage pour le cinéma, Concours, en 1962. Un film qui tranche déjà avec la production courante en choisissant, non un sujet « héroïque » mais banal sauf qu’il n’était jamais traité à l’époque, révélant alors un interdit qui ne demandait qu’à se déchaîner : la vie réelle et les attentes d’une jeunesse, elle-même vue avec tendresse et sans complaisance. Forman est synchrone avec les nouvelles vagues qui se forment un peu partout au cours des années soixante. La confirmation de ce regard si singulier survient très vite avec deux longs métrages sensibles et impitoyables : L’As de pique (1963) et Les Amours d’une blonde (1965). En 1967, le jeune cinéaste fait un pas de plus, signant avec Au feu, les pompiers ! son premier film en couleurs et, surtout, une satire bouffonne qui trahit une impatience, la sienne et celle des forces vives de son pays : quelque chose d’un ordre politique immuable et périmé va céder, doit céder. Il est en France au moment où les forces du pacte de Varsovie écrasent en août 1968 le Printemps de Prague, dont ses films tchèques constituent alors rétrospectivement parmi les plus beaux signes avant-coureurs. 1968 est le moment de l’impossible retour en arrière, du grand saut. Ou, tel qu’il a résumé lui-même son trajet d’est en ouest, Forman passe « du zoo à la jungle », d’un lieu où les personnes vivent comme en cage à un autre où l’illusion consiste à croire à la liberté parce qu’elle existe en théorie et même placée au coeur de la philosophie politique du « nouveau monde ».

UN CINÉASTE À PART

Étrangement ou logiquement, cet artiste, dont l’oeuvre américaine interroge le spectacle et produit sa représentation critique, va rencontrer le succès : cinq Oscar pour Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975), huit pour Amadeus (1984). En même temps, Forman demeure aux États-Unis un cinéaste à part : voir Taking Off, son premier film « américain » (1971) qui s’inspire en partie de Concours, qu’il tourne avec Miroslav Ondricek, le chef opérateur de sa période tchèque, qui s’intéresse autant sinon moins à la jeunesse de son temps (Hair, dix ans plus tard) qu’à la génération des parents. À part encore parce que si souvent européen dans ses goûts : Amadeus, Valmont d’après Choderlos de Laclos (1998), Les Fantômes de Goya (2006). À part toujours parce qu’il choisit ses sujets ; parce que ses méthodes sur le plateau servent avant tout à restituer une certaine forme de « naturel » et de spontanéité des êtres, des gestes et des situations ; parce qu’il sait unir dans un même film la fresque et la miniature, tout un art du portrait à la manière de cet artiste dans Ragtime (1981) capable de faire apparaître des figures ressemblantes en découpant des profils dans du papier noir. Surtout, il s’éprend de personnages insoumis : Mozart, McMurphy (Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou), Berger (Treat Williams dans Hair), Larry Flint (1996), Andy Kaufman (Jim Carrey dans Man on the Moon,1999), tous en butte à une forme ou une autre d’oppression avant que ne se dévoilent peu à peu leurs fêlures secrètes, la tentation du dédoublement, une forme de démence même que le spectateur, pris au piège de son identification idéale, n’avait su déceler plus tôt et constate avec étonnement. C’est dans cette manière d’être toujours surprenant et subtil, capable de formuler et déjouer des attentes, de provoquer pendant la projection elle-même un déplacement de la pensée que Forman rejoint son ambition la plus grande : « Je voudrais arriver à concevoir un art qui, à travers les infimes manifestations de l’esprit humain, puisse découvrir et libérer les plus grandes quantités d’énergie. »

Bernard Benoliel

 

Programme

AH, S’IL N’Y AVAIT PAS CES GUINGUETTES (KDYBY TY MUZIKY NEBYLY)

Dimanche 10 septembre à 18h et mercredi 13 septembre à 20h30. Film suivi de Le Concours = L’Audition de Milos Forman.

Milos Forman/Tchécoslovaquie/1963/35’/VOSTF/35mm avec Jan Vostrcil, Vladimir Zeman.

Vlada fait partie d’une fanfare de campagne. Plutôt que répéter et se soumettre à un chef de musique autoritaire, il préfèrerait se rendre à une course de moto. Restauré par les Archives nationales du film de Prague.

 

AMADEUS

Dimanche 10 septembre à 20h et lundi 18 septembre à 16h15.

Milos Forman/États-Unis/1984/180’/VOSTF/35 mm d'après Peter Shaffer avec Tom Hulce, F. Murray Abraham, Elizabeth Berridge, Jeffrey Jones.

La vie et l’oeuvre de Wolfgang Amadeus Mozart, génie de la musique qui fit son entrée à la cour de Vienne en 1781 et supplanta par son talent, sa personnalité et ses frasques l’industrieux Salieri.  

 

LES AMOURS D’UNE BLONDE (LASKY JEDNE PLAVOVLASKY)

Samedi 2 septembre à 14h et dimanche 17 septembre à 17h30.

Milos Forman/Tchécoslovaquie/1965/85’/VOSTF/DCP avec Hana Brejchova, Vladimir Pucholt, Vladimir Mensik.

Tchécoslovaquie années 60. Dans une petite ville, il y a un problème d’inégalité des sexes : 2000 jeunes filles célibataires pour 200 hommes qui sont, pour la plupart, mariés... Restauré par les Archives nationales du film de Prague.

 

L’AS DE PIQUE (CERNY PETR)

Vendredi 15 septembre à 16h45 et samedi 16 septembre à 18h30.

Milos Forman/Tchécoslovaquie/1963/87’/VOSTF/DCP avec Ladislav Jakim, Pavla Martinkova, Jan Vostrcil.

Tchécoslovaquie, années 60. Petr Vanek, 17 ans devient agent de sécurité dans une boutique de libre-service. Maladroit et inefficace, il doit faire face aux critiques de son père, à la possessivité de sa mère et tente de trouver sa place dans le monde des adultes. Restauré par les Archives nationales du film de Prague. 

 

AU FEU, LES POMPIERS ! (HORI, MA PANENKO)

Vendredi 1 septembre à 21h30 et samedi 9 septembre à 21h30.

Milos Forman/Tchécoslovaquie/1967/73’/VOSTF/DCP avec Jan Vostrcil, Josef Sebanek, Josef Valnoha.

Dans une ville de province, la caserne des pompiers prépare un bal. Rien ne se déroule comme prévu. Restauré par les Archives nationales du film de Prague, en collaboration avec le Festival de Karlovy Vary. 

 

 

LE CONCOURS = L’AUDITION (KONKURS)

Dimanche 10 septembre à 18h et mercredi 13 septembre à 20h30. Film précédé de Ah, s’il n’y avait pas ces guinguettes de Milos Forman.

Milos Forman/Tchécoslovaquie/1963/47’/VOSTF/35mm avec Jiri Suchy, Jiri Slitr.

Une séance d’auditions de jeunes chanteuses qui cherchent à intégrer un groupe de rock yéyé.

 

 

 

LES FANTÔMES DE GOYA (LOS FANTASMAS DE GOYA)

Mercredi 6 septembre à 19h30 et dimanche 17 septembre à 18h30. 

Milos Forman/Espagne-États-Unis/2006/114’/VOSTF/35mm avec Javier Bardem, Natalie Portman, Stellan Skarsgard.

À la fin du XVIIIe siècle, alors que le royaume d’Espagne subit les derniers sursauts de l’Inquisition, le frère Lorenzo, impitoyable inquisiteur, s’enprend à Inès, la muse du peintre Francisco de Goya.

 

HAIR

Dimanche 3 septembre à 16h30 et samedi 9 septembre à 19h30.

Milos Forman/États-Unis-République fédérale d'Allemagne/1979/121’/VOSTF/DCP Galt Macdermot compositeur des chansons de la comédie musicale originale Hair, Gerome Ragni, James Rado avec John Savage, Treat Williams, Beverly d'Angelo.

Fermier en Oklahoma, Claude, jeune et naïf, part faire la guerre du Vietnam. En route, il fait la connaissance de Sheila et d’un groupe hippie qui va changer sa vision du monde et remettre en question ses croyances.

 

 

LARRY FLYNT (THE PEOPLE VS LARRY FLYNT)

Jeudi 7 septembre à 21h45 et samedi 16 septembre à 21h.

Milos Forman/États-Unis/1996/129’/VOSTF/35mm avec Woody Harrelson, Courtney Love, Edward Norton.

Portrait de Larry Flynt, de ses débuts comme gérant d’une boîte de strip-tease jusqu’à son empire pornographique avec le magazine Hustler. Ou comment, grâce aux innombrables procès qui lui ont été intentés, Flynt devint le défenseur de la liberté d’expression.

 

MAN ON THE MOON

Vendredi 15 septembre à 18h30 et dimanche 17 septembre à 21h.

Milos Forman/États-Unis/1999/119’/VOSTF/35mm avec Jim Carrey, Danny DeVito, Courtney Love.

Toute sa vie, Andy Kaufmana marché sur le fil entre réalité et monde réinventé. Portrait énigmatique de ce comique américain (1949-1984), invraisemblable vedette de cabaret, showman permanent et paradoxal.

 

RAGTIME

Jeudi 31 août à 20h (ouverture de la Rétrospective) et vendredi 15 septembre à 21h.

Milos Forman/États-Unis/1981/149’/VOSTF/35mm d'après E.L. Doctorow avec James Cagney, Brad Dourif, Moses Gunn, Elisabeth McGovern.

Alors qu’il gagnait sa vie en tant que pianiste dans un bar de jazz, Walker Jr. voit sa voiture dégradée par un groupe de racistes blancs. Il décide alors de demander justice.

 

TAKING OFF

Vendredi 1 septembre à 19h30 et samedi 16 septembre à 17h.

Milos Forman/États-Unis/1971/90’/VOSTF/35mm avec Linnea Heacock, Lynn Carlin, Buck Henry.

Jeannie, jeune fille de la banlieue fugue et arrive à New-York en espérant y devenir chanteuse. Ses parents partent à sa recherche et découvrent le New-York de la fin des années 60.

 

 

VALMONT

Samedi 9 septembre à 14h30 (voir aussi Dialogue avec Jean-Claude Carrière) et mercredi 13 septembre à 16h45.

Milos Forman/États-Unis-France-Grande-Bretagne/1989/138’/VOSTF/DCP d'après Pierre Choderlos de Laclos avec Colin Firth, Annette Bening, Meg Tilly.

Pour se venger de son amant qui s’apprête à épouser la jeune Cécile de Volanges, Mme de Merteuil demande au comte de Valmont de la séduire afin qu’elle perde sa virginité avant le mariage.

 

VISIONS OF EIGHT

Jeudi 14 septembre à 20h30.

John Schlesinger, Claude Lelouch, Milos Forman, Mai Zetterling,Youri Ozerov, Arthur Penn, Konichikawa et Michael Pfleghar/États-Unis-République fédérale d'Allemagne/1973/110’/VOSTF/DCP.

Documentaire officiel des Jeux Olympiques d’été de 1972 à Munich réalisé par huit importants metteurs en scène.

 

 

VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU (ONE FLEW OVER THE CUCKOO’S NEST)

Jeudi 7 septembre à 18h30 et lundi 11 septembre à 16h45.

Milos Forman/États-Unis/1975/134’/VOSTF/35mm d'après Ken Kesey avec Jack Nicholson, Louise Fletcher, Will Sampson.

Randall P. McMurphy se fait interner dans une clinique psychiatrique pour échapper à la prison. Y découvrant l’oppression des soignants et la détresse des malades il instigue une rébellion dans l’établissement.

 

MILOS FORMAN, ANNÉES 60

Dimanche 10 septembre à 20h30.

Luc Lagier/France/2010/51’/Numérique/avec Milos Forman, Jean-Claude Carrière, Ivan Passer.

Documentaire sur la production tchèque de Forman, réalisée dans les années 60, en plein coeur du régime communiste.

 

LES BIEN-AIMÉS

Jeudi 14 septembre à 18h.

Christophe Honoré/France-Grande Bretagne-République tchèque/2010/135'/DCP avec Milos Forman, Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Ludivine Sagnier, Louis Garrel.

Du Paris des sixties au Londres des années 2000, Madeleine, puis sa fille Vera vont et viennent autour des hommes qu’elles aiment.

 

DIALOGUE AVEC JEAN-CLAUDE CARRIÈRE

Samedi 9 septembre à 14h30. À la suite de la projection de Valmont de Milos Forman.

« Milos [Forman] et moi nous sommes aperçus qu’aucune des scènes du film n’est dans le livre de Laclos. De toute façon, les scènes décrites dans un roman épistolaire sont toujours sujettes à caution : quel est le degré de sincérité de celui qui les écrit ? En cherchant à donner vie aux personnages, sans forcément les innocenter, mais sans les accabler, nous sommes arrivés à ce scénario. » Jean-Claude Carrière, en 1989. 

 

Voici la bande annonce de la rétro de Milos Forman : 

 

Tarif 6.5 €
Tarif réduit 5.5 €
Libre Pass entrée libre

 

Lieu:

Cinémathèque française, 51 Rue de Bercy, 75012 Paris

Date :

A partir du : 31 août 2017
Jusqu'au : 20 sept. 2017

Organisateur:

Le Centre tchèque est coorganisateur de l'événement


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