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Programme

20 nov. 2012 19:30

Patrik Ouředník – Hier et après-demain

ATTENTION : POUR DES RAISONS TECHNIQUES, CETTE SOIRÉE SERA FINALEMENT PROPOSÉE EN 2013 !

 

 

Soirée littéraire à l’occasion de la parution française aux éditions Allia de la première pièce de théâtre de Patrik Ouředník.

 

« Il est finalement possible que ce ne soit pas la première fois, que même les fins du monde annoncées aient ble et bien eu lieu, au vingtième siècle, au dix-huitième, au quinzième, au onzième etc. Peut-être qu’elles ont eu lieu, mais juste que personne ne l’ait remarqué. »

 

 

Patrik Ouředník : la voix dans la brèche

« C’est en jouant au Twister qu’on rigole le plus. » La dernière répilque de la pièce de théâtre d’Ouředník nous offre un mode d’emploi. Le Twister comme quintessence de la vie : on pose ses pieds et ses mains sur des points prédeterminés et nous tentons de maintenir l’équilibre. Après quoi, la littérature fonctionne comme une radioscopie de notre existence, elle nous défait de notre couche de protection qu’est la chair et dévoile un squelette titubant.

Cinq hommes dans une pièce. Une ampoule pend du plafond, sur le plancher de bois se tiennent quelques chaises, l’horloge à l’arrière indiquent midi moins cinq. Quelque part tout près se trouve une porte dont personne ne sait que faire : s’ouvrent-elles vers l’intérieur, ou vers l’extérieur ? En plus, il leur manque la poignée.

Il n’existe rien d’autre. Le monde a disparu. Il ne reste aux cinq hommes qu’à se poser des questions. Profondément vaines, vainement profondes. A quel sujet ? La fin du monde. Telle est la situation de départ de la pièce de théâtre d’Ouředník.

Dans Hier et après-demain, à nouveau Ouředník se concentre sur les thèmes qui semblent être le moteur de sa réflexion et de son écriture : les faces du temps (des époques), les termes à travers lesquels nous percevons l’expérience du temps (des époques) et enfin l’impulsion qui pousse l’homme vers le cupio dissolvi, c’est-à-dire, dit avec Saint Paul, « la mort, signifiant un gain » – le principe tragicomique de toute existence terrestre, l’impossibilité de distinguer commencement et fin, genèse et apocalypse.

Les cinq hommes qui ont survécu à la catastrophe (il s’agit d’une catastrophe de dimensions modestes, esthétiquement pas trop réussie, sans « soleil agonisant », « ciel couvert de chutes de météorites » et de « foules hystériques » – l’homme ne semble pas même être digne de son propre anéantissement) sont tour à tour désarmés, clairvoyants, bête ou intelligents. Au fil de dialogues impitoyablement comiques tombe parfois la question suivante : s’il était possible de repeupler le monde à nouveau, est-ce que cela aurait un sens – « après tout ce que l’humanité a vécu » ? Revenir au commencement et tout redémarrer à nouveau ? Ouředník a conçu la fin du monde comme un jeu de table (la plupart de l’action se déroule d’ailleurs autour d’une table), comme une sorte de Monopoly humoristique et hautement pervers. « Revenez à la case départ » – une directive que nous désirons tous et dont nous nous effrayons. La nécessité de l’oubli et l’illusions de la renaissance.

Page après page naît ainsi un équivalent de la formule de la fin – avec sa psychologie, ses besions et ses craintes. Si la vie a lieu dans un flot d’événement disparates, la fin du monde peut non seulement déterminer le temps de partir, elle nous fournit également un moyen pour l’aborder et le comprendre (« Enfin, vous connaissez ça, au commencement était la Parole etc. Et à la fin sera aussi la parole, grâce à moi. »). Mais en même temps, un doute s’élève parmi les cinq protagonistes : et si la fin du monde avait déjà eu lieu ? Et si elle avait eu lieu à chaque fois qu’elle avait été annoncée ? Et si elle n’était pas extrémité, mais quotidienneté, partie intégrante de notre façon d’aborder le temps ? Dans ce cas – si nous avons peur de quelque chose qui ne se trouve pas devant nous, mais qui a déjà eu lieu et qui ne cesse de se dérouler – la fin du monde peut nous aider à comprendre le sens de notre vécu et de nos expériences, élucider nos peurs, encadrer la psychologie du chiliasme.

Jadis, un psychotique confia au psychiatre Donald Winnicott la chose suivante : « J’ai peur d’une catastrophe qui aurait déjà eu lieu. » C’est-à-dire : que la frontière séprant le temps de son effondrement a déjà été franchie. « Peut-être que la fin du monde a déjà eu lieu, c’est juste que personne ne l’a remarqué. » La fin du monde comme partie intégrante d’un passé sans cesse présent, que nous n’aurions jamais réussi à digérer. La fin du monde comme intervalle, cavité, brèche, comme une porte sans poignée. « La fantaisie humaine est inassouvible » (...) « Dommagqe qu’elle ait oublié la poignée de la porte. » Entre la « fin » et l’« objectif » baie le néant. Il manque le remplissage, il manque un sens. La littérature – et celle d’Ouředník en est un exemple éclatant – est une voix qui remplit cette brèche.

Giorgio Vasta, Reppublica, 22. 9. 2011 (extrait)

 

Dans le cadre des Journées européennes du livre et Méditerranéen.

www.journeesdulivreeuropeen.com

 

www.editions-allia.com

http://nllg.free.fr

 

Caves voûtées

Entrée libre

Lieu:

18 rue Bonaparte
75006 Paris
France

Date :

20 nov. 2012 19:30

Organisateur:

Centre tchèque


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