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Programme

6 déc. 2018 17:00 - 26 janv. 2019

Exposition d‘Adolf Hoffmeister

Avant les vacances de Noël et pour cette fin de l’année 2018, la galerie Alain Le Gaillard – en collaboration avec la galerie Le Minotaure –, dans son espace du 19 rue Mazarine, vous propose une exposition de dessins – caricatures notamment – d’Adolf Hoffmeister.

 

Adolf Hoffmeister, personnage hors de commun, y résumait non seulement les méandres de l’âme humaine et les aléas de l’histoire du XXème siècle, mais aussi sonactivité prolifique d’artiste (dessinateur, peintre, écrivain, dramaturge), d’intellectuel (journaliste, chroniqueur, traducteur, enseignant, critique d’art), de diplomate et d’organisateur de la vie culturelle, d’un voyageur passionné finalement.

Né en 1902 dans une famille de notoires avocats de Prague, il partage sa jeunesse entre les études de droitet ses goûts pour l’art. Les débuts de sa carrière artistique correspondent à l’engouement général pour l’art moderne – l’activitédes cubistes et des expressionnistes allemands du groupe Die Brucke dont les influences marqueront sespremières oeuvres – allant souvent de pair avec les prises de position politiques de gauche. Sa génération esttémoin de la Première Guerre mondiale et de la Révolution d’Octobre qui ancre en elle la foi en l’existenced’un monde meilleur et la possibilité de transformation radicale de l’existence humaine.

 

ANNÉS AVANT-GARDE

Ainsi la première partie de l’exposition sera un focus sur les origines de l’activité d’Adolf Hoffmeister, marquéespar son appartenance au groupe d’avant-garde Devetsil, créé en 1920 par de jeunes poètes, peintres, hommesde théâtre, critiques et essayistes tchèques, fascinés par l’anarchisme, la Révolution russe, les arts plastiquesmodernes (cubisme et futurisme notamment) qui publiaient des revues, exposaient ensemble et discutaientrégulièrement sur l’art et la politique. Hoffmeister fut le plus jeune parmi les fondateurs du groupe et sonsecrétaire. Dans les premières années de l’existence de Devetsil, l’engagement politique emportait sur les recherchespurement artistiques et se traduisait par l’intérêt de ses membres pour les réformes sociales, le retour à lasimplicité et les traditions locales. Les sujets puisés dans la vie quotidienne sont interprétés dans un style mélangeant le primitivisme, le réalisme magique et le lyrisme marqués par des expériences personnelles. Après 1922, cette thématique laisse de plus en plus de place aux préoccupations propres aux avant-gardes artistiques, influencées par le cubisme, le purisme, le constructivisme et les gestes dadaistes. Hoffmeister sera d’ailleurs, dès le début des années 1920, le porte-parole du dadaisme au sein de Devetsil.Déjà pendant la Première guerre, il rentra en contact avec Tristan Tzara qui lui fournissait des informations de première main sur le dadaisme zurichois. En 1920, il contribuera à la première soirée dada organisée à Prague par Richard Huelsenbeck et Raoul Hausmann. Même si Hoffmeister n’accepta jamais complètement les aspects tragiques et nihilistes de dada, il comprenait parfaitement ses fonctions libératrices, sa capacité de remettre en cause les valeurs traditionnelles et les fétiches de la civilisation, son humour absurde et « le sensde non-sens ». C’est probablement justement l’esprit libertaire et contestataire de dada qui permit au jeune Hoffmeister de trouver sa propre voie (et voix).

 

LES CARRICATURES

En 1925, après avoir fini ses études, au lieu de se consacrer pleinement au cabinet de son père, il commenceà voyager régulièrement, à écrire et dessiner. C’est ainsi que commence sa carrière de « portraitiste » deshommes et des événements de son temps. Il commence en tant que correspondent des journaux pragois,mais progressivement ses reportages et interviews deviennent de plus en plus concis pour laisser davantagede place pour les caricatures qui constitueront par la suite sa carte de visite et aussi le point central de notre exposition.

« La caricature n’est pas le réalisme ; au fond, elle est au-dessus de la réalité et quelque chose de plus que le réalisme. Elle est plus vraie que la vérité, plus nue que la nudité, plus fidèle qu’un portrait ou photographie parfaite. La caricature, même si elle est une aide perverse à l’agitation politique, même si elle montrel’ennemi politique avec les oreilles d’un âne, elle est objective à l’extrême. Une opinion objective est toujoursdévastatrice. La réalité, la vraie réalité, qui va au-delà de la surface et échappe aux influences de la société laplus hypocrite, nuit toujours à la gravité, à la beauté et à l’honneur. Toutes les qualités qu’une société pensaitincarner et dont l’existence elle feignait adroitement, s’envolent dans l’air dès qu’elles passent par le filtre dela caricature. La réalité caricaturée passe par un purgatoire. Personne n’est sans péché. C’est le chemin vers lavérité et la philosophie du scepticisme. C’est le vote contre la confiance aveugle en tout, et l’ironie régulant le transit de l’humanité. C’est un laxatif qui élimine l’orgueil et les gestes vides ; une révélation indiscrète de toutce que nous aimerions cacher sous le tapis.

La découverte de la vérité est une découverte du rire. Il n’y a pas d’absurde qui n’est pas issu de la réalité quiest vraie jusqu’à l’os. La vérité est rire. C’est la loi donnée à tout le monde, et la seule libération de la tristesse du monde. Dans le cycle des tragédies qu’un groupe d’acteurs joue en larmes en les ornant de mots modesteset de discours d’une grandeur inhumaine, elle devient une transformation catastrophique de la pompe enidiotie et du sérieux en comédie. » C’est ainsi qu’Hoffmeister voyait sont travail.

Entre 1925-27, le style d’Adolf Hoffmeister est déjà mûr, et nous y retrouvons tous les éléments qui constitueront sa « marque ». Il s’agit des dessins à l’encre simples, économes, chirurgicalement exactes, sans hachures,ombres, ni lavis, majoritairement en noir et blanc, parfois seulement rehaussés de collages colorés. Nous y reconnaissons facilement l’impact des courants artistiques majeurs de l’ époque : la clarté du purisme, le minimalisme esthétique du constructivisme, l’independence de la ligne et de la couleur du cubisme et l’humour ancré dans la sensibilité dada. Le sujet principal des dessins de Hoffmeister sont des hommes, des figures bien connues du monde artistique,intellectuel et politique qu’il avait souvent l’occasion de côtoyer. Il maitrise parfaitement les méthodes traditionnelles de la caricature : exagération, raccourci, déformation, accentuation des certains détails caractéristiques de la personne, et savait s’en servir pour révéler avec ironie et clin d’oeil le vrai visage de ses protagonistes sans jamais les ridiculiser, les juger ni diffamer.

En 1927 paraît le premier livre Hors d’oeuvre rassemblant les portraits dessinés et écrits ainsi que les feuilletonsdes cafés artistiques de Paris et de Praque accompagnés de portraits de leurs visiteurs habituels (Cocteau, ManRay, Ehrenbourg, Foujita, Sima, etc.) Un an après, sa carrière internationale est inaugurée par une exposition à Paris à la Galerie d’Art Contemporain et à Bruxelles à la Galerie l’Époque commentées par les personnagescomme Philippe Soupault ou Georges Ribemont Dessaignes.

Ainsi, parmi les portraits exposés nous trouverons celui Georges Duhamel en jupe de fillette, agenouilléet priant à l’étoile rouge qui traduit le scepticisme d’Hoffmeister vis-à-vis des efforts de l’écrivain à marier l’éthique chrétienne avec les idéaux de l’ « humanisme socialise » ; Jean Cocteau habillé uniquement en frivolesbas féminins et jarretières, se regardant dans le miroir qui reflète, au lieu de son visage, un pentagramme –synthèse adroite qui exprime l’homosexualité du poète et son narcissisme ; Paul Morand buvant le thé avecune statue de Bouddha tenant lui-même une tasse de thé et fumant une pipe (paraphrase ingénieuse du titre du livre de Morand Bouddha vivant) ou encore Marinetti en prophète du futurisme…« Il y a des caricatures qui sont plus réaliste que des portraits » dirait Bergson.

 

LES DESSINS POLITIQUES

À la charnière des années 1920/30, les centres d’intérêt d’Hoffmeister biaisent logiquement vers des commentaires de la vie actuelle. Lui-même commence à s’y engager non seulement en tant que dessinateur. En 1929, il rejoint le Front Gauche, organisation progressiste des intellectuels tchèques pour défense de la culture moderne.

« Plus le temps s’empire, plus le dessin perd de sa lumière moqueuse et assume ses fonctions en tant qu’arme. Même s’il reste toujours une blague, c’est-à-dire le fruit de l’humour, il peut être une oeuvre tragique, uninstrument de vengeance ou de révolte. Un dessin qui est militant et agressif n’exprime pas uniquement l’absurdité mais aussi ce qui est méchant, pourri, condamné… Le dessin mûrit en ces temps-là, il porte désormais de sérieuses responsabilités. » Hoffmeister devient alors collaborateur de la revue satirique Simplicus, publiée par les intellectuels de gauche pragois et les réfugiés politiques allemands. À cause de son engagement antifasciste, il se retrouve sur leslistes noires de la Gestapo qui le destinent à un des camps de concentration. Il se réfugie en France en 1939 où il s’engage dans la politique culturelle notamment en créant la Maison de la Culture de la Tchécoslovaquie. En 1940, il est toutefois arrêté et emprisonné pendant plusieurs mois à La Santé, mais arrive à s’enfuire et parle Maroc, l’Espagne, le Portugal, il arrive finalement aux États-Unis où il se réfugiera jusqu’à la fin de la guerre. Dans la deuxième moitié des années 1940, il retournera dans son pays natal, en reprenant ses fonctions diplomatiques dans le Ministère de l’Information, au sein de l’UNESCO ou en tant qu’ambassadeur de la Tchécoslovaquie en France.

L’exposition de la galerie Le Minotaure se donne pour objectif de retracer cette vie rocambolesque et l’activité prolifique de l’homme-orchestre que fut Adolf Hoffmeister. À côté d’une soixantaine de dessins notamment des années 1920-30, nous exposerons également les oeuvres antérieures (des dessins et des huiles de lapériode Devetsil) et postérieures : les collages des années 1950 et 1960. Milan Kundera, qui fut ami intime del’artiste, prêtera pour l’exposition son portrait. « Less is more. Une ligne est suffisante, mais beaucoup de lignes n’apporte pas grand-chose. Plus de lignes ily a, plus elles empêchent l’immédiateté de l’expression ».

 

 

La galerie Le Minotaure est créé en 2002 par Benoit Sapiro, expert ausein de la Compagnie Nationale des Experts, membre du Comité Professionnel des Galeries d’Art, et vice-président du Festival PhotoSaintGermain. Elle est située à l’ancien emplacement de la célèbre librairiedes surréalistes portant le même nom. La galerie, de même que son directeur, est spécialisée dans les artistes de l’École de Paris et dans l’art d’avant-garde d’Europe Centrale et de l’Est, à partir des années 1910 jusqu’aux années 1960. Par ailleurs, l’importance de ses collections lui permet de collaborer régulièrement à des expositions références avec de grands musées telsque les Musées d’Etat russes, le musée Pouchkine…

 

 

Contact presse

Galerie le Minotaure
2 rue des beaux-Arts, 75006 Paris
du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h
E-mail : benoitsapiro@gmail.com
Tel : 01 43 54 62 93

 

Lieu:

19 rue Mazarine, 75006 Paris

Date :

A partir du : 6 déc. 2018 17:00
Jusqu'au : 26 janv. 2019

Organisateur:


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