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Programme

16 oct. 2010 00:00 - 00:00

Bohuslav Martinů - Larmes de Couteau

Opéra de Bohuslav Martinů et Georges Ribemont-Dessaignes.

Estelle Béréau, soprano - Eléonore

Marie Blanc, mezzo-soprano - La Mère

Thill Mantero, baryton - Satan  

Benjamin d´Anfray, piano

Fanny Goubaut, violon

Suzanne Fischer, violoncelle

Adrian Receanu, clarinette 

Léna Rondé, mise en scène

Clovis Weil, scénographie

Léo Warynski, supervision musicale

  

« Opéra grotesque avec un peu d´épouvante », pochade burlesque et poétique d´une trentaine de minutes, Larmes de Couteau met en scène une jeune fille, Eléonore, qui tombe amoureuse d´un pendu. Bien décidée à l´épouser, elle résiste à sa mère qui voudrait la voir répondre aux avances de Satan.

En sept scènes d´une intensité dramatique et musicale hors du commun, ces personnages à l´identité instable ou grotesque, sans passé ni avenir et dans leur humanité toute défaillante, nous parlent de solitude, d´amour fou, de désir, de quête de soi et de l´autre.

 

Entrée : 10 €

Réservations : 01 53 73 00 22 ou ccparis@czech.cz. 

 

Le 15 novembre 1923, Bohuslav Martinů, jeune compositeur tchécoslovaque, sonne chez Albert Roussel, pour recevoir son enseignement. Venu à Paris pour trois mois, il restera en France durant dix-neuf années. Le compositeur se nourrit des années folles, de l´air de liberté qui flotte alors dans Paris où il retrouve certains de ses compatriotes ainsi que d´autres artistes venus du monde entier pour vivre ces années exceptionnelles, entre Montparnasse et Montmartre.

Dans ce foisonnement d´avant-garde qu´abrite Paris pendant l´entre-deux-guerres, Martinů rencontre le « pur esprit Dada » en la personne de Georges Ribemont-Dessaignes. Ce dernier est écrivain, poète, dramaturge, mais aussi peintre et musicien, et l´un des principaux acteurs du mouvement Dada à Paris. Le contact entre les deux artistes s´établit facilement, d´autant plus que Ribemont-Dessaignes qui entretenait des liens avec les membres du Théâtre libéré était publie dès 1925 à Prague. Ils travaillèrent ensemble de 1928 a 1930 sur trois opéras. Le premier fruit de cette collaboration fut Larmes de couteau en 1928.

 

Larmes de couteau

« Opéra grotesque avec un peu d´épouvante », pochade burlesque et poétique, cet bref opéra de trente minutes répond à une commande du Festival de musique contemporaine de Baden-Baden. Mais le livret fut refusé par le jury, sans doute choqué par l´humour noir du sujet qui met en scène un pendu au milieu du plateau.

 

Résumé de l´œuvre

Tout le drame de Larmes de couteau tient en sept scènes très denses dans lesquelles les situations les plus loufoques se succèdent.

Eléonore et sa mère pénètrent sur le plateau accompagnées par le chant mélancolique d´un accordéon. Alors que ces deux générations se querellent, Eléonore aperçoit le pendu au milieu de la scène et en tombe immédiatement amoureuse. Tandis que sa mère lui fait quelques confidences sur « la nourriture d´une femme », en l´incitant à répondre au cœur de M. Satan, Eléonore trépigne, bien décidée à épouser son beau pendu.

Satan se présente alors, scène 2, très élégant, il porte un chapeau haut-de-forme et offre les fleurs qu´il a cueillies lui-même sur les tombes de célèbres amoureuses. Eléonore, excédée, se roule désormais littéralement par terre sous le regard curieux des voisins. Enfin, tous quittent la scène laissant la jeune fille et son pendu, répondant au nom de Saturne, seuls dans l´obscurité.

La scène 3 est envahie par la prière amoureuse d´Eléonore. Sensualité, sexe et exotisme abondent, mais ce chant teinté de rouge et de désir s´achève sur le triste constat de la solitude absolue.

Satan qui réapparaît à la scène suivante affirme d´ailleurs que « Pour l´amour il faut trois choses : Soi, lui et l´autre », l´autre étant absent, l´amour est alors impossible.

Le coureur cycliste noir qui entre, scène 5, laisse à Eléonore un dernier espoir. Elle tente d´éveiller la jalousie du pendu en séduisant le « machiniste ». Mais celui-ci est enfermé dans le cercle qu´il dessine autour des autres personnages. La jeune fille ne provoque aucun effet sur lui, et l´on découvre de nouveau, sous le costume du coureur, le visage de Satan.

Eléonore se retrouve seule une fois de plus, scène 6. Certains accents de son chant, scène 3, sont ici repris comme en écho. On retrouve notamment l´évocation du pendule et de la balance, mais le ton y est bien plus sombre. Désespérée, elle se donne un coup de couteau. Les rêves du pendu apparaissent dans les ténèbres, des jambes de femmes parcourent la scène, laissant place à d´autres visions toutes plus folles les unes que les autres.

Le personnage de la mère paraît de nouveau, scène 7 et découvre sans un cri sa fille morte au pied du pendu. La corde de celui-ci se casse, Saturne se réveille, ramenant avec lui Eléonore. Ce bonheur n´est qu´illusion : le pendu n´est qu´un des déguisements empruntés par Satan. Celui-ci disparaît en clamant : « Je suis, j´ai été, et serai toujours : tout autre ! », laissant la jeune fille définitivement seule.

 

Eléments d´analyse

Larmes de couteau nous présente les grands thèmes du théâtre de Ribemont-Dessaignes tels que l´absurde, le sexe, l´hystérie, la quête impossible de l´identité et de l´amour. Mais de façon plus générale, c´est une fois de plus la solitude profonde de l´homme qui domine la pièce. Réduisant la syntaxe au minimum, le lyrisme jaillit de ces topoï même, mais également de l´univers métaphorique créé par le poète. Le réseau d´images inattendues que l´on trouve ici est caractéristique de Dada, mais il appartient avant tout à la rhétorique de Ribemont-Dessaignes. Inversions, paradoxes et métaphores abondent dans le texte, donnant le jour a une écriture d´un grand lyrisme.

L´absurde règne sur la pièce engendrant folie et solitude. Cependant il ne faut pas négliger l´humour des comiques de situations et de langage. C´est en effet là que réside toute la provocation Dada.

 

La musique de Bohuslav Martinů sublime le texte en ayant recours à une écriture musicale métissée, témoignant des influences de l´époque et notamment du jazz. L´orchestre choisi est en effet proche d´un orchestre de jazz, et le compositeur mentionne clairement sur la partition « tango » et « foxtrot ». Ce choix reflète bien la vision que le compositeur défend de l´opéra, qui se demande si le genre n´est pas tombé en désuétude, et tente de proposer une nouvelle conception, moderne et populaire.

L´influence du jazz sur Martinů n´est pas simplement un caprice d´avant-garde mais plutôt le choix à valeur populaire et authentique de refléter musicalement une époque et une société.

Dans Larmes de Couteau, la musique joue souvent le rôle du spectateur au regard critique qui commente la scène en accentuant ainsi l´humour noir qui émane de l´œuvre. Martinů propose une partition très contrastée répondant parfaitement à l´absurdité de la pièce. Il parvient cependant à conserver une unité forte par les biais des thèmes et motifs qui parcourent l´opéra ainsi que par la couleur polytonale que l´on retrouve de façon plus ou moins accentuée au fil de l´œuvre. La partie vocale est soignée, afin de la rendre parfaitement intelligible et de ne rien perdre du sel du texte.

Malgré sa brièveté, l´opéra Larmes de Couteau contient des éléments qui peuvent être considérés avec du recul comme des constantes dans la production opératique de Bohuslav Martinů : le dédoublement de personnalité, la dichotomie brechtienne entre le dit et le représenté, l´absence volontaire de psychologie, l´usage simultané de différentes vocalités (parlé, parlé-chanté, chanté), le recours à l´accordéon, la diversité des genres musicaux, toujours intrinsèquement liée à l´évolution du drame.

 

 

 

 

 

Lieu:

18 rue Bonaparte
75006 Paris
France

Date :

16 oct. 2010 00:00 - 00:00

Organisateur:

České centrum


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